Renard argenté

Carte postale d’automne — 9 novembre 2007

Souvenirs éparses d’un beau dimanche
réveillée bien trop tôt d’un sommeil frileux…
La brume avant l’aube dort encore
frissonnant fantôme faufilé d’argent pâle
se soulevant lentement, comme une respiration paisible…
Le silence est entier, rond et plein
comme le sera le soleil rouge quelques heures plus tard
quand il daignera monter au-dessus du bois.
Il fait frais sans faire froid.

Se promener dans le jardin
et s’arrêter, sans le réaliser tout de suite
juste au dessus d’un noeud de source,
là où le débit est plus fort
où il faudrait creuser un puits.
De là, admirer les feuillages à peine dorés
et écouter… dans le plus haut chêne, un merle.
Derrière moi… sans doute un rouge-gorge,
Robin au pépiement bref.
Dans le bois, les geais des chênes se disputent joyeusement
puis se fâchent après une pie.
Dans la haie… mésanges, peut-être ?
Et là, un ruban de Choucas des Tours,
mes mouettes-de-la-terre, dont le chant,
dont les appels tirent le cœur
et appellent vers un ailleurs – lequel, seulement ?

Chercher à séparer les odeurs aussi
mais la fraîcheur les rend fugaces :
la terre humide et froide, bien sûre,
toujours là, pleine et nourrissante.
Si on le secoue, le basilic sent encore un peu
une vague odeur de fumée…. en écrasant une touffe de serpolet
l’odeur des champignons.
Mais l’odorat humain est bien limité !
Les mains gelées, rentrer dans la cuisine,
retrouver l’odeur de « chez-les-parents »
— odeur de gâteau, de bois cirée, et vaguement encore, de colle à tapisserie.

Plus tard dans la journée,
s’échapper du brouhaha d’une réunion familiale
pour aller se promener en solitaire…
Laisser le cœur ralentir son allure,
retrouver le calme d’une respiration ample,
les odeurs de feuilles mortes, d’herbe et d’humus.
Trouver un nid tombé au sol et le ramasser soigneusement
— un tout petit nid tapissé de plumes grises,
bien rond et bien entrelacé ;
le prendre comme un heureux présage
et se remettre en route avec le précieux poids-plume.
Passer le pré aux chevaux, le chemin est bordé de hêtres et de charmilles
Le soleil qui commence à descendre
leur donne de sa belle lumière d’or brillant
Dans l’ombre des talus, quelques feuillages
ont gardé le jaune éclatant,
et continuent d’éclairer les sous-bois.
Continuer jusqu’aux champs de maïs,
trouver deux épis oubliés et les ramasser
— Flopsy le lapin sera content.
Redescendre ensuite avant le frais,
avant l’ombre du soir
— il faisait tellement bon
que je n’ai même pas pris de manteau.

Dernière surprise de la journée : un chevreuil
pas du tout affolé
traverse la route juste devant la voiture,
pilée nette par mon père.

L’animal au beau pelage, démarche gracieuse,
ne daigne même pas tourner la tête vers nous.

Renard argenté

Carte postale d’automne — 21 octobre 2007

Samedi matin bien mérité… s’accorder de traîner au lit,
puis de traîner pour petit-déjeuner,
juste histoire d’apprécier la baguette d’orge
avec la croute du crouton qui craque
Se mettre en route à 9 heures et demie
pour retrouver Cécile à la Part-Dieu
et se rendre au marché sur le Quai Augagneur

Crochet par la rue Villeroy,
Cécile souhaitant se rendre à l’épicerie Bahadourian
— elle m’y mène en connaissance de cause… Avais-je prétendu
n’avoir besoin que de graines de pavot bleu ?
C’était oublier la cardamone, les cinq épices,
les graines de tournesol et la farine d’épeautre,
et la fleur de sel de Guérande…
Extirpées de ce lieu de perdition – non,
je n’ai pas besoin de vinaigre parfumé à la noisette !
Direction les quais…
Le froid est mordant, le vent glacial,
et la proximité du Rhône ajoute l’humidité,
mais le cadre est toujours aussi agréable,
la vue sur l’Hôtel-Dieu et Fourvière…
Flâner devant les étals, craquer pour un pain au noix et un autre aux lardons
croute craquante et couverte de farine
hésiter devant les salades affriolantes,
robes à froufrous vertes et rousses
— se décider pour une doucette et une laitue brune.
Choisir un beau potimarron d’un orange très vif,
un chou-fleur en robe verte – avec dans l’idée de manger
quelques fleurettes crues
avec une vinaigrette… ou une sauce au yahourt ?
Vient ensuite l’étal du fromager… l’épreuve est difficile,
le comté s’impose. « Doux ou fruité ? » Fruité… 24 mois d’affinage
un goût de noisette et de beurre, fondant en bouche et très doux au palais…
Découvrir qu’ils ont de la vraie mozzarelle bufflonne
– celle qui ressemble à une tête de Schtroumpf,
ronde avec un chapeau plus ou moins phrygien —
et en prendre une nature – garder l’envie de goûter à la fumée
pour la fois prochaine
de même qu’au beurre de baratte
et à la quantité de petits fromages de chèvres
au thym, dans une feuille de châtaignier,
au marc de raisin,
crémeux à point
ou tout blanc de fraîcheur
et à la tête de moine.
Ajouter à cela une demi-douzaine d’œufs,
et un pérail jeune  : « Très bon choix »
— il n’y a que des bons choix en fromage…

Épreuve ultime : les fleuristes.
Ayant décidé que de toute façon toute résistance est inutile,
s’offrir un joli bouquet rose, assorti à la jupe et au vase.

Rentrer bien chargées – et bien frigorifiées —
à l’appartement… Le plaisir de cuisiner
des plats « comme chez les parents »,
doucette agrémentée de graines de tournesol,
saucisse de Morteaux et pommes de terres
comté merveilleux sur pain aux lardons
et kakis murs à point.
Pour finir un thé Sensha, « Sur la Route de Shannon »,
aux écorces d’orange…

Retourner par la suite sur les quais, direction librairie cette fois-ci…
Le pas vif et le nez en l’air, inspirer l’air tout aussi froid
d’un froid qui s’accorde très bien avec le ciel tout bleu
une mouette
les odeurs de crêpes et de marrons chauds.
Revenir pas trop chargée de bouquins,
mais prendre tout de même le tram pour rentrer
— à peine regretter de ne pas traverser le pont à pied,
et ne plus regretter du tout en voyant
les écharpes qui volent et les chapeaux rattrapés du bout des doigts.
Une gaminette toute blondinette aux grands yeux bleus
sacré caractère pour les deux ans et demi qu’elle doit avoir…
S’écrouler sur la chauffeuse en rentrant, bénir l’inspiration de la veille,
qui consistait à cuisiner « avec des restes ».
Le velouté de champignons est tout prêt,
le gratin de potiron aussi.
Avant d’aller dormir, sentant un léger rhume venir,
se préparer un lait chaud au miel et à la fleur d’oranger
— comme quand j’étais petite, et que j’avais mal à la gorge,
et que je pouvais réveiller maman en pleine nuit pour qu’elle m’en prépare un.

Le lendemain, dormir encore plus, traîner encore plus
– sachant que ça ne m’arrivera pas avant quelques autres fins de semaines encore
de pouvoir étirer autant le temps.

Dans l’après-midi, trouver la motivation nécessaire
pour aller marcher au Parc de la Tête d’Or
— vent toujours glacial, froid toujours mordant,
mais cette fois-ci, je sors mon manteau de Russian Lady…
Le froid ne mordra que mes joues ainsi.
Flâner au parc, respirer l’odeur de l’herbe, l’odeur de la terre
l’odeur des feuilles mortes et des roses dans la roseraie
— chercher à deviner au nez les notes de parfums
mandarine pour l’un, musc pour l’autre, et une odeur très florale,
mais indéfinissable pour un troisième ;
le froid rend l’exhalation des parfums plus ténue.
Épier du coin de l’œil le Robin pépiant,
boule de plume à rouge-gorge.
Caresser l’écorce d’un bouleau
et effleurer le bout des fougères.
Apprécier le soleil à sa très juste valeur
et languir d’un chocolat chaud à la cannelle…
A 4 heures et demie, le froid s’apesanti… Rentrer donc
par le bus, retrouver le chaud-douillet de l’appartement
et faire fondre les carrés de chocolat dans le lait
avec beaucoup de cannelle fraîchement râpé dedans
— l’odeur du lait chaud, la chaleur dans les mains
et la tartine de pâte de noisette trempée dans la tasse

…petit goûter d’automne…

Renard argenté

Carte postale d’automne — 25 septembre 2007

Le bruit des pas de pluie aux volets
elle clapote pieds nus sur le bois
et son parfum léger rentre par la fenêtre ouverte

             Il est dimanche, et c’est l’automne.

Ouvrir distraitement les yeux
et rester à l’écouter les membres engourdis de sommeil
replonger dans une rêverie aqueuse paresseuse

Pas de brume au-dehors
le temps est doux et bon             le soleil amical
le vent du sud est tombé.
Petit-déjeuner face au verger de mes parents
le cerisier perd feuille à feuille sa parure d’or
distrait lui aussi dans sa contemplation calme des nuages…

L’odeur du café donne faim
confiture de pruneaux à la menthe odorante
et gâteau aux coings et à l’huile d’olive
en forme de cake et non rond, car c’est toujours
au moment de verser la pâte dans le moule qu’on s’aperçoit
qu’il nous manque un moule à manqué
ou un plat à tarte
ou un plat à clafoutis
ou…
aller commander un poulet fermier rôti pour midi
les broches commencent juste à tourner
passer à la boulangerie pour prendre une flûte du Dauphiné
et un pain aux céréales lin jaune, lin brun, pavot, sésame et seigle,
croute croustillante sous les doigts
une légère odeur de farine brûlée
et celle du pain frais et des croissants chauds
― les bonnes boulangeries font partie des lieux de perdition.

S’en éloigner très vite pour aller rendre visite à Mémée
les grosses poules rousses picorent dans le jardin
les framboisiers ont encore quelques framboises en bout de branche
en piquer une au passage
les asters bleus sous la fenêtre          le romarin en fleur.
Toquer à la porte et voir son visage ravi
« Tu es bien matinale ! »
se faire payer le café avec une part de tarte aux pommes
par pure gourmandise.
Bavarder un moment, l’inviter à venir chez moi pour mon anniversaire
et faire fi de ses protestations « ça va te faire du travail ».
Repartir une heure plus tard avec des napperons en crochet
de ses mains faits, même si je n’ai pas les meubles encore
qui les mettraient en valeur.

Poursuivre les visites en allant chez mes grands-parents
ma grand-mère s’affaire déjà en cuisine
pizza au basilic pour midi
et y faire aussi mon marché…
la pluie a cessé
il fait bon de chaleur humide
les feuilles de lavande exhalent encore un parfum
mais l’odeur du serpolet prédomine
rehaussée par la terre chaude et mouillée
le parfum de l’automne
celui des temps à champignons.

Rentrer chez les parents
préparer la poêlée aubergines et tomates du jardin
salade verte de Roger avec des graines de sésame grillées
sorbets maison en dessert abricot ampuisais, mure et framboise.

Promenade dans l’après-midi avec ma mère
dans les vergers
les pêchers gouttent encore du matin
les feuilles des vignes virent à un beau cramoisi
les pommes rouges brillent dans les pommiers
et quelques framboises énormes n’attendent qu’à être cueillies
et picorées de suite.
Ne rien trouver à ramasser, ni à marauder
les récoltes n’ayant pas été faite,
l’aubépine étant passée.
Le plaisir de dérouler le pied sur un sol légèrement élastique
de sentir les muscles travailler pendant les montées
le plaisir des gouttelettes qui picotent la peau de froid
un nuage de passage tout gris
mais qui s’en va vite.

Rentrer prendre un thé sur la terrasse
prendre un panier pour faire le tour du jardin
une grenobloise rousse,
un gros bouquet de persil, de romarin, de basilic et de serpolet
quelques navets pour une soupe
un joli bouquet rouge de dahlias, de roses et de gaillardes
et préparer déjà mes affaires
victuailles pour quelques jours…

Au soir attendre le train
pour revenir sur Lyon…
le ciel de nuit est nuageux
sans un seul picoti d’étoile visible
le quai est bondé d’étudiants qui rentrent chez eux valises pleines
Odeur de feu de bois humide de pluie et de parfums mélangés…

Renard argenté

Carte postale d’automne — 22 décembre 2006

…postée le premier jour de l’hiver, presque pas en retard, et glanée au fil de mes verbiages babillards…

Journée calme,
le ruban de soie taffetas gris entre les peupliers
les feuilles de chêne qui s’entrechoquent
et quelques roses oubliées sous la pluie…
L’accalmie au couchant,
le ciel noir et froid d’une belle nuit
claire sous les étoiles et sous le Lune
Froid dehors et chaud-douillet dedans…
trois bougies dans les photophores,
flamme haute et belle,
odeur d’agrumes et de tarte aux pommes saupoudrée de cannelle.

Les voiles vaporeux de la robe du fleuve
qui du bout des doigts vient se frotter aux herbes gelées de blanc
la haie pleine d’oiseaux – mésanges charbonnières et merles
pour l’essentiel –
et leurs jacasseries flûtées
le froid humide et glaçant qui mord les doigts
la brume qui se lève et cache les vergers
le thé de Noël et le pain d’épice
la bouille de Marie-May tartinée de petit suisse
et celle de Romain qui imite la machine à café de mes parents
— « brrrrrrrrrrrououououou »

le bruit du vent sous les volets
— rester encore dix minutes les yeux fermés —
deux feuilles de chène affolées qui courent sur la terrasse
— et vont rejoindre le tas accumulé contre les lavandes —
trois flocons blancs qui picottent les joues
— rêvés, sans doute, il n’y a pas un nuage —
quatre pots de confiture de courge muscade au miel
— avec une pomme pour le croquant —
un gâteau aux marrons glacés et aux noix
— le glaçage au sucre blanc étalé au couteau —
une tasse d’infusion de verveine
— avec une bonne cuillerée de miel du Jura —
et treize bougies d’anniversaire
— les années passent et la petite grandit.

L’odeur du café
l’âpre de la confiture de kakis
l’acidulé de l’orange
— toujours pas mangé de papillotes,
je tiendrai jusqu’à Noël !
— les biscuits au gingembre
et le pain blanc beurré.

Demain sera l’hiver
et ses jours grandissants
demain le froid semblera plus prononcé
et les caresses du soleil plus faibles ;
mais pour aujourd’hui encore, juste un peu,
rester en éveil avant le long sommeil blanc…

Renard argenté

Carte postale d’automne — 20 novembre 2006

6 heures du matin — la lumière naissante
et le brouillard d’or rose pâle
il fait froid sans doute pour les oiseaux —
la chaleur douillette de la couette,
tenter de se rendormir
roulée en loir…

8 heures — le jour levé
et le brouillard blanc
plus opaque à présent
le Rhône a disparu,
la haie s’est faite fantôme
juste un pépiement
— mésange, mais laquelle ?

10 heures  —
le brouillard se lève à regret
un rai de lumière sur les collines
et la blondeur des peupliers.
La pourpre résonne dans l’orangé
la peau rouge des pêchers se dore,
quelques pommes ont fait briller leurs joues
sous la pluie
— l’odeur froide-humide-feuilles-mortes

11 heures 30 —
lumière blanche et claire
tamisée par les rideaux
le Rhône exhale encore
ses soupirs sous le vent
— ses bras lisses-gris
mêlés aux chevelures des saules

14 heures, début d’après-midi —
lumière dorée,
couleurs chatoyantes,
être un pommier
pour recevoir les dernières caresses
du soleil     chaud-léger
plisser les yeux         ne plus bouger
— entendre les pas des promeneurs
vibrer dans la terre durcie de gel

16 heures, retour de promenade —
lumière du soir déjà
froid dans les poumons
souffler la buée aux lèvres pleines
penser au thé chaud
— un corbeau dans le champ
d’herbe verdelette

17 heures, thé vert aux agrumes —
la lumière est faible
la tasse chaude entre les mains
la chaleur qui revient
— l’odeur du pain d’épices
à l’orange confite

21 heures, fin de  journée —
nuit noire déjà
étoiles froides-claires
pas un nuage
allumer la lampe
retrouver Vaïnämöinen
— encore un bouleau dans l’histoire, décidément…

Tous ils les brise, les beaux arbres,
il épargne juste un bouleau,
blanc reposoir pour les oiseaux,
pour les coucoulis du coucou.

L’aigne vole à travers le ciel,
l’oiseau dessus l’air et la terre.

Aile raide il descend pour voir :

“Qu’as-tu donc laissé la vie sauve
au bouillard, écorce épargnée,
branches graciées pour le bel arbre ?”

Vaïnö répond, barbe vieille :
“Entend-donc pourquoi je l’épargne :
reposoir aux oiseaux sera,
et perchoir pour l’aigle de l’air.”

L’aigle lui crie, l’oiseau de l’air :

“Barbe de gris, c’est bien agi :
laisse la vie sauve au bouleau,
le bel arbre, tronc blanc debout
comme reposoir aux oiseaux
et perchoir à mes serres d’aigle.”

— s’endormir dans l’odeur de l’orange et du lavandin.

Renard argenté

Carte postale d’automne — 17 octobre 2006

Automne au jardin :

l’odeur de feu mouillé
et celle de la terre humide
et du serpolet frôlé par les sabots…
— j’ignore si le serpolet sent vraiment le mousseron,
ou si c’est le mousseron qui prend l’odeur du serpolet :
chez nous, les champignons poussent dedans,
et les deux odeurs sont inséparables à mon nez.
Les éclats rouges des dernières fraises
— en manger une : les dernières fraises sont toujours les plus sucrées —
et des framboises…
arrivée au bout du dernier rang,
quelques gouttes de pluie
tombé du ciel gris bleu plomb :
frisson sur la nuque
rondeur froide.

Automne en cuisine :

Rentrer pour le thé
— “Soleil oriental” : thé vert aux agrumes —
et un croissant pur beurre
avec du chocolat…
Sentir la chaleur revenir dans les mains glacées…
Éplucher les châtaignes, une première fois pour la grosse peau
les blanchir, les rééplucher pour enlever la peau duveteuse
qui colle au doigts et les fripent
Les refaire cuire à l’eau
pour la soupe du soir
— pommes de terre, carottes, radis-navets et dernières tomates —
pendant qu’infuse l’eau de sauge citronnée
qui fortifie et fait briller les cheveux…

Automne en balade :

le son mat des chaussures de marche sur la terre tassée du chemin,
leur frichtrement dans les feuilles mortes des hêtres
l’odeur de champignons et d’humus humide…
Amanites au pieds des bouleaux
— caresser la peau jeune sous la première écorce
lisse et rosée  —
bolets des chênes sous les hêtres
— peau plus rugueuse et grise,
mais agréable et ferme.
Trouver des champignons bizarres —
des violets, des pieuvres rouges, des verruqueux —
et des branches de houx à boules rouges et vertes.
Ramasser les châtaignes et se piquer les doigts
— avoir eu la bonne idée de mettre un chapeau de cavalier
quand une dégringolade de bogues et de feuilles se déclenche.
Eviter les ornières boueuses et les ronces piquantes,
et rentrer par un chemin au soleil…

Renard argenté

Carte postale d’été — 18 juillet 2006

La lumière du jour à travers les volets,
et l’odeur humide du matin clair ;
le grincement du portillon du jardin
ré dièse mi si    lors de ma visite matinale,
les pieds humides de rosée
et les fil d’araignées contre les jambes dans les allées.

L’odeur des tomates sous la serre
et celle poivrée des œillets,
le trissement d’un martinet
le rouge insolent des dahlias et des glaïeuls,
et le rebond net d’une sauterelle dans les courgettes.

Le crissement des graviers dans l’allée,
le feutré des pieds nus sur la terrasse.

Le chuintement que fait la marmelade en macération,
quand on remue à la cuillère en bois
les abricots dans le sucre,
et l’odeur de la cannelle se mêlant à celle du café.
Remuer la mélisse en train de sécher,
et la verveine prête à mettre en pot…

Faire cliquer la cuillère contre le verre
du pot de confiture de groseilles
— raclé jusqu’à la dernière goutte
sur le dernier pain au miel.

Le bruit mat des abricots tombant dans l’herbe,
et leur roulé dans le panier d’osier ;
le snip du sécateur et le parfum des roses rouges,
la piqûre d’une épine et la perle aussi rouge
que les pétales des jeunes gaillardes…

Le bruit lancinant d’une cigale
se prenant pour un jet d’arrosage automatique
— de ceux qu’on trouve dans les grands champs de tournesol.

Le vol des choucas, leur cri poignant et heureux,
le rouge pourpré du soleil dans le creux du Pilat…

Ramasser les figues dans la lueur du couchant,
quand les guêpes sont parties
frôler le serpolet et son odeur d’automne
faire partir une escadrille de sauterelles grises devant moi.

Arroser au jet les fleurs sur la terrasse
et en effleurer le feu d’étoiles bleues des lavandes
pour mêler leur odeur à celle de l’eau.

Arroser aussi le petit parc de la tortue
pour qu’elle soit un peu au frais     elle dort
sous les pervenches.

Rentrer dans la cuisine, l’odeur de la marmelade
qui mijote tout doux, tout doux…
Improvisation à deux flûtes sur du jazz cubain,
le plaisir engendré par leurs voix venteuses     fières     joueuses
et le plop des couvercles quand le vide se fait.

Récupérer le lapin évadé de sa cage
et lui promette une sortie quand je pourrais le surveiller
— pour une fois, la bête ne cherche pas à mordre
lui caresser le bout du nez
et entre les oreilles aussi —
lui souhaiter une bonne nuit.

Repasser dans le couloir,
apprécier encore l’odeur des confitures,
et aller se coucher…