Renard argenté

Carte postale d’hiver – 6 janvier 2009

La neige en apesanteur…

Flocons de givre
pétales de froids
duvet d’étoile hésitant
à poser ses plumes sur le sol

— Est-ce froid ? —

Préciosité naïve d’une complexité naturelle
la neige hésite et volette
tourbillonne mollement et remonte
ondulation paresseuse luttant contre la gravité

— Est-ce doux ? —

Tout au bas seulement
elle s’abandonne à la chute
posant précautionneusement son cœur d’abord
et qui entendrait sa petite voix, et sa question timide :

— Vais-je mourir ? —

Renard argenté

Carte postale d’automne — 8 décembre 2008

Nuit sombre et lune bossue
le lac noir est immobile
et les voiles constellées des barques
se reflètent en miroir
puis disparaissent dans les brumes…

Coup de tonnerre, chants d’oiseaux,

la brume chuinte et disparaît
les arbres s’illuminent, reflets de jour dans la nuit
prennent couleur d’aube et de midi.

Le lac s’agrandit, d’autres barques au loin
aux voiles noires et mats rouges
marquent ses berges.

Dans la prairie, des fleurs de lumières s’éveillent ;
dans la ville, les fenêtres clignent de lumignons,
les statues s’animent, les façades sont barbouillées
de tâches de peinture lancées par un petit géant
puis disparaissent dans un éclat de rire.

Un passage s’ouvre, la Traboule des Lumières :
sa voute s’éclaire au passage de la foule,
juste pour cette nuit, juste une dernière.

Voix d’enfants, odeur de vin chaud,
marrons grillés et gaufres au sucre
Un feu d’artifice au dessus du Rhône.

Rentrer par le 99
allumer ses lumignons rouges et se réchauffer les mains ;
la rue clignote de loupiotes aux balcons.

Renard argenté

Carte postale d’automne — 30 octobre 2008

Un rayon de soleil au réveil
— se lever de bonne humeur
fredonner en chemin
ne pas prêter attention au vent glacial

Insouciance légère
jusqu’à la pluie-neige
et le vent acharné

Enième tasse de tisane
— le thé a été abandonné depuis longtemps —
pour réchauffer mes mains
— toujours pas de chauffage au bureau

Ruban d’étourneaux

le soir sombre
… le regarder par la fenêtre

Renard argenté

Carte postale d’automne — 22 octobre 2008

Chavirer dans les eaux blanches du ciel
le lisse et plein des nuages

S’effacer — sommeil d’absence
« Il n’y a plus personne au numéro demandé »

Froid — vide — mouillé
contre douillet — tiède — cannelle

Plonger — se faire caillou rond
tenu serré dans la paume
poids lisse et plein et blanc lui aussi

Ne plus peser que le poids nécessaire
pour fendre le jour

Renard argenté

Carte postale d’automne — 19 octobre 2008

Flânerie le long des quais, un soir de douceur tiède :
le Rhône s’écoule, très calme, ne troublant qu’à peine
les reflets des ponts et des péniches,
renvoyant fidèle le flamboiement des arbustes
feu intense et doux de rouille et d’or…

Air de flannerie paisible en entrechats…
Un héron noir,
un cygne blanc au reflet introublé,
un calme souriant

Aimer le monde la vie l’Automne
la lumière les couleurs le temps beau
le rythme lent d’un pas allant
les reflets dorés du fleuve au soleil

Une odeur de tabac chaud
Un sourire échangé

Une lumière magnifique comme seul l’Automne sait les faire…

Renard argenté

Carte postale d’automne — 8 octobre 2008

La pluie tambourine sur les voiles noires
des parapluies fatigués
Deux pies en conciliabule secouent un cèdre avachi
et le pas alourdi d’eau des passants voutés
pèse sur le chemin

Pourtant, les bouleaux à la peau blanche
dressent fièrement leur feuillage doré
et si l’on tend l’oreille, les gouttes elles-mêmes
ne s’écrasent pas dans un bruit mat sur le sol
mais rebondissent, légères
et emperlent les brins d’herbes
et les quelques feuilles mortes oubliées par les ramasseurs

Se redresser lever le nez
sourire aux bouleaux
secouer le parapluie
et retrouver un pas léger