Renard argenté

Carte postale d’automne — 30 octobre 2008

Un rayon de soleil au réveil
— se lever de bonne humeur
fredonner en chemin
ne pas prêter attention au vent glacial

Insouciance légère
jusqu’à la pluie-neige
et le vent acharné

Enième tasse de tisane
— le thé a été abandonné depuis longtemps —
pour réchauffer mes mains
— toujours pas de chauffage au bureau

Ruban d’étourneaux

le soir sombre
… le regarder par la fenêtre

Renard argenté

Carte postale d’automne — 22 octobre 2008

Chavirer dans les eaux blanches du ciel
le lisse et plein des nuages

S’effacer — sommeil d’absence
« Il n’y a plus personne au numéro demandé »

Froid — vide — mouillé
contre douillet — tiède — cannelle

Plonger — se faire caillou rond
tenu serré dans la paume
poids lisse et plein et blanc lui aussi

Ne plus peser que le poids nécessaire
pour fendre le jour

Renard argenté

Carte postale d’automne — 19 octobre 2008

Flânerie le long des quais, un soir de douceur tiède :
le Rhône s’écoule, très calme, ne troublant qu’à peine
les reflets des ponts et des péniches,
renvoyant fidèle le flamboiement des arbustes
feu intense et doux de rouille et d’or…

Air de flannerie paisible en entrechats…
Un héron noir,
un cygne blanc au reflet introublé,
un calme souriant

Aimer le monde la vie l’Automne
la lumière les couleurs le temps beau
le rythme lent d’un pas allant
les reflets dorés du fleuve au soleil

Une odeur de tabac chaud
Un sourire échangé

Une lumière magnifique comme seul l’Automne sait les faire…

Renard argenté

Carte postale d’automne — 8 octobre 2008

La pluie tambourine sur les voiles noires
des parapluies fatigués
Deux pies en conciliabule secouent un cèdre avachi
et le pas alourdi d’eau des passants voutés
pèse sur le chemin

Pourtant, les bouleaux à la peau blanche
dressent fièrement leur feuillage doré
et si l’on tend l’oreille, les gouttes elles-mêmes
ne s’écrasent pas dans un bruit mat sur le sol
mais rebondissent, légères
et emperlent les brins d’herbes
et les quelques feuilles mortes oubliées par les ramasseurs

Se redresser lever le nez
sourire aux bouleaux
secouer le parapluie
et retrouver un pas léger

Renard argenté

Le petit garçon qui voulait voir le vaste monde

Il était une fois, dans une contrée lointaine, si lointaine que même la corneille n’en a pas entendu parler, un petit garçon qui voulait voir le vaste monde…
Il se rendit à la cuisine, prit une miche de pain et la mit dans sa besace. Voyant cela, sa mère qui préparait la potée lui demanda :

« Où comptes-tu aller avec ça, mon enfant ?
— Je veux voir le vaste monde !
— Voir le vaste monde ! Mais tu n’y pense pas, tu es bien trop petit !
— Petit ou pas, je ne changerai pas. Je veux voir le vaste monde, peu m’importe ce que tu diras ! »

Et il sortit de la maison. Il se rendit à l’écurie, prit un cheval et l’enfourcha. Voyant cela, son frère qui bouchonnait la pouliche lui demanda :

« Où comptes-tu aller avec ça, petit frère ?
— Je veux voir le vaste monde !
— Voir le vaste monde ! Mais tu n’y pense pas, tu es bien trop petit !
— Petit ou pas, je ne changerai pas. Je veux voir le vaste monde, peu m’importe ce que tu diras ! »

Et il sortit de l’écurie. Il se rendit aux champs, prit un sac d’avoine et le mit dans ses fontes. Voyant cela, son père qui battait l’avoine lui demanda :

« Où comptes-tu aller avec ça, mon fils ?
— Je veux voir le vaste monde !
— Voir le vaste monde ! Mais tu n’y pense pas, tu es bien trop petit !
— Petit ou pas, je ne changerai pas. Je veux voir le vaste monde, peu m’importe ce que tu diras ! »

Et il quitta la demeure de ses parents. Il se rendit à la ville, puis de la ville à la forêt, puis de la forêt aux montagnes. Son pain devait être magique, car jamais il ne rassit, et quand bien même il n’en restait plus qu’une miette en fin de journée, il y avait toujours une miche fraîche le lendemain. Son cheval devait être magique, car jamais il ne fatigua, et quand bien même il avait marché toute la journée et une bonne partie de la nuit, il allait toujours vivement le lendemain. Son sac d’avoine devait être magique, car jamais il ne se vida, et quand bien même le cheval mangeait à pleines dents les grains, il avait toujours double ration le lendemain.

Le temps passa-t-il vite ou non, toujours est-il que le petit garçon et son cheval finir par arriver par delà trois fois neuf pays, dans le trois fois dixième royaume.
Une grande forêt se dressait sur leur route, et ils s’y engagèrent. Ils finirent par aboutir dans une clairière, où se dressait une cabane montée sur pattes de poule, qui leur tournait le dos.

« Et bien, cela fait longtemps que je n’ai dormi dans un vrai lit, et que mon cheval n’a senti d’écurie. Je demanderai l’hospitalité. Cabane, petite cabane, tourne-toi vers moi ! »

Et la cabane tourna sur ses pattes de poule. Le petit garçon rentra. Dedans, il y avait une Baba Yaga, une jambe sortant par la fenêtre, l’autre appuyée sur le poêle, et le nez fiché dans le plafond. Elle ronflait à rendre sourd un pot.

Le petit garçon s’assit à la table et attaqua le pâté.

« Oula, je n’ai pas senti de Russe depuis des centaines d’années, et en voilà un qui vient se loger sous mon nez ! Est-ce goûtu ? Est-ce que sa chair est tendre ?
— Tais-toi donc, grand-mère, et cesse de dire des bêtises. Je n’ai pas peur de toi.
— Bien répondu, bonhomme. Aurais-tu claqué des dents que je t’aurais enfourné pour mon repas du soir. Mais les valeureux sont trop rares pour qu’on les gaspille en pâté. Mais dis-moi, toi qui est si petit, que fais-tu donc ici ?
— Je veux voir le vaste monde. Je viens de par-delà neuf pays, dans le trois fois dixième royaume. Mais maintenant que j’ai bien voyagé, je veux me reposer un peu. Et je veux que tu m’apprennes tout ce que tu sais. »

La Baba Yaga éclata de rire. « Tout ce que je sais ! Il te faudrait être aussi vieux que je suis vieille, et j’ai vu grandir cette forêt depuis le premier gland. Mais je vais t’apprendre un des plus grands savoir que peu d’hommes comprennent. Mangeons, puis dormons, et demain nous travaillerons. »

Ils mangèrent, ils dormirent, et le lendemain, la Baba Yaga conduisit le petit garçon dans un enclos. Dans cet enclos, un immense tas de graines attendait.

« Voilà, il faut que tu tries ces graines, et que tu sépares le blé de l’orge. Si tu y parviens, tu auras appris une grande sagesse. » Et elle le laissa seul devant le tas. Le petit garçon s’attela à la tâche, mais cela lui prit du temps, beaucoup de temps. Un an passa, et il avait enfin séparé le tas en deux.

« Baba Yaga, j’ai séparé le blé de l’orge, mais tu m’as trompé ! Je n’ai rien appris d’autre que la différence entre l’un et l’autre ! »

« Mmm. C’est que tu ne sais pas apprendre. Continu ton chemin, tu trouveras mon autre soeur. Elle est plus vieille que moi, et peut-être qu’avec elle tu comprendras. Mais avant de partir, prend ceci. »

Le temps que le petit garçon trie les graines, la Baba Yaga avait tissé un tissu si fin que dans le sens de l’épaisseur, on ne le voyait pas ; si serré, qu’on ne voyait pas la trame ; et d’un blanc si pur qu’à côté un cygne paraissait gris.

Le petit garçon reprit son cheval, et dû rallonger les étriers. En un an, il avait grandi comme d’autres grandissent en dix, et il était maintenant un jeune gars prometteur. Il se remit en route. Le temps passe-t-il vite ou non, toujours est-il qu’il arriva à une deuxième cabane montée sur pattes de poule.

« Cabane, petite cabane, tourne-toi vers moi ! »
Et la cabane tourna sur ses pattes de poule. Le jeune gars rentra. Dedans, il y avait une autre Baba Yaga, une jambe sortant par la fenêtre, l’autre appuyée sur le poêle, et le nez fiché dans le plafond. Elle ronflait à rendre sourd un pot.

Le jeune gars s’assit à la table et attaqua la terrine.

« Oula, je n’ai pas senti de Russe depuis des centaines d’années, et en voilà un qui vient se loger sous mon nez ! Est-ce goûtu ? Est-ce que sa chair est tendre ?
— Tais-toi donc, grand-mère, et cesse de dire des bêtises. Je n’ai pas peur de toi.
— Bien répondu, mon gars. Aurais-tu claqué des dents que je t’aurais enfourné pour mon repas du soir. Mais les valeureux sont trop rares pour qu’on les gaspille en terrine. Mais dis-moi, toi qui est jeune gars, que fais-tu donc ici ?
— J’ai voulu voir le vaste monde. Je suis venu de par-delà neuf pays, dans le trois fois dixième royaume. J’ai passé un an chez ta soeur, qui ne m’a rien appris du tout. Et maintenant je veux que tu m’apprennes tout ce que tu sais. »

La Baba Yaga éclata de rire. « Tout ce que je sais ! Il te faudrait être aussi vieux que je suis vieille, et j’ai vu pousser la prairie avant que cette forêt ne prenne sa place, depuis la première herbe. Mais je vais t’apprendre un des plus grands savoir que peu d’hommes comprennent. Mangeons, puis dormons, et demain nous travaillerons. »

Ils mangèrent, ils dormirent, et le lendemain, la Baba Yaga conduisit le jeune gars dans un enclos. Dans cet enclos, un immense tas d’aiguilles attendait.

« Voilà, il faut que tu tries ces aiguilles, et que tu sépares celles de pin et celles à coudre. Si tu y parviens, tu auras appris une grande sagesse. » Et elle le laissa seul devant le tas. Le jeune gars s’attela à la tâche, mais cela lui prit du temps, beaucoup de temps. Un an passa, et il avait enfin séparé le tas en deux.

« Baba Yaga, j’ai séparé les aiguilles de pin des aiguilles à coudre, mais tu m’as trompé ! Je n’ai rien appris d’autre que la différence entre l’une et l’autre ! »

« Mmm. C’est que tu ne sais pas apprendre. Continu ton chemin, tu trouveras mon autre soeur. Elle est plus vieille que moi, et peut-être qu’avec elle tu comprendras. Mais avant de partir, prend ceci. »

Le temps que le jeune gars trie les aiguilles, la Baba Yaga avait filé un fil si fin que dévidé, on ne le voyait pas ; si solide, qu’on ne le cassait pas ; et d’un or si pur que n’importe quelle pépite paraissait terne à côté.

Le jeune gars reprit son cheval, et dû rallonger les étriers. En un an, il avait grandi comme d’autres grandissent en dix, et était maintenant fier gaillard. Il se remit en route. Le temps passe-t-il vite ou non, toujours est-il qu’il arriva à une troisième cabane montée sur pattes de poule.

« Cabane, petite cabane, tourne-toi vers moi ! »

Et la cabane tourna sur ses pattes de poule. Le gaillard rentra. Dedans, il y avait une autre Baba Yaga, une jambe sortant par la fenêtre, l’autre appuyée sur le poêle, et le nez fiché dans le plafond. Elle ronflait à rendre sourd un pot.
Le gaillard s’assit à la table et attaqua la tourte.

« Oula, je n’ai pas senti de Russe depuis des centaines d’années, et en voilà un qui vient se loger sous mon nez ! Est-ce goûtu ? Est-ce que sa chair est tendre ?
— Tais-toi donc, grand-mère, et cesse de dire des bêtises. Je n’ai pas peur de toi.
— Bien répondu, mon gaillard. Aurais-tu claqué des dents que je t’aurais enfourné pour mon repas du soir. Mais les valeureux sont trop rares pour qu’on les gaspille en tourte. Mais dis-moi, toi qui est fier gaillard, que fais-tu donc ici ?
— J’ai voulu voir le vaste monde. Je suis venu de par-delà neuf pays, dans le trois fois dixième royaume. J’ai passé un an chez ta soeur la plus jeune, puis un an chez ta soeur cadette, et elles ne m’ont rien appris. Maintenant je veux que tu m’apprennes tout ce que tu sais. »

La Baba Yaga éclata de rire. « Tout ce que je sais ! Il te faudrait être aussi vieux que je suis vieille, et j’ai vu s’étendre puis s’assécher la mer qui se trouvait ici, avant la prairie, avant la forêt, et depuis la première goutte. Mais je vais t’apprendre un des plus grands savoir que peu d’hommes comprennent. Mangeons, puis dormons, et demain nous travaillerons. »
Ils mangèrent, ils dormirent, et le lendemain, la Baba Yaga conduisit le fier gaillard dans un enclos. Dans cet enclos, un immense tas de limaille attendait.

« Voilà, il faut que tu tries cette limaille, et que tu sépares celle de fer et celle d’argent. Si tu y parviens, tu auras appris une grande sagesse. » Et elle le laissa seul devant le tas. Le fier gaillard s’attela à la tâche, mais cela lui prit du temps, beaucoup de temps. Un an passa, et il avait enfin séparé le tas en deux.

« Baba Yaga, j’ai séparé la limaille de fer de la limaille d’argent ! »
« C’est bien, mon gaillard. Et qu’as-tu appris ? »
« J’ai appris la patience. »

La Baba Yaga éclata de rire. « Et bien, tant il est vrai que les hommes ont du mal à comprendre ce secret ! C’est bien, tu es maintenant prêt. Reste encore quelque jours, et nous deviserons un peu. Mais auparavant, regarde ceci. »

Le temps que le fier gaillard trie la limaille, la Baba Yaga avait peigné une laine si douce que au toucher, on eut dit de la soie ; si légère, que l’on ne la sentait pas ; et d’un rouge si profond que les cerises paraissaient roses à côté.

Le soir tomba, la Baba Yaga lui servit un repas, et il s’endormit.

Le lendemain, il dit :
« Baba Yaga, j’ai fais un rêve. Au coeur d’un royaume de cristal, dans un palais d’argent, dans une chambre de verre, sur un lit d’eau pure, dormait une jeune femme. Elle avait la peau aussi blanche que le tissu que tissa ta plus jeune soeur, les cheveux aussi dorés que le fil que carda ta soeur cadette, les lèvres aussi rouge que la laine que tu peignas. Qui est-elle ? »
« C’est la fille du Roi des Ondes. »
« Je veux la trouver et l’épouser. »

La Baba Yaga éclata de rire : « Tu ne doutes de rien, fier gaillard ! Elle a juré de n’épouser que celui qu’elle choisira. Les autres sont noyés dans les eaux de son père. Qu’est-ce qui te permet de croire qu’elle voudra de toi ? »
« Qu’importe ce que tu diras, je la veux pour épouse et elle voudra de moi. »
« Mmm. Et bien, quand tu sortiras de chez moi, je te donnerai un guide pour aller au royaume de cristal, pour atteindre le palais d’argent, pour rentrer dans la chambre de verre et t’approcher du lit d’eau pure. Si tu joues serré, tu seras peut-être épargné. »
« C’est maintenant que je veux partir ! »

La Baba Yaga lui donna la laine rouge, et tapa deux fois dans ses mains. L’oiselle de feu vint du ciel et ses plumes étaient si étincelantes que le gaillard ferma les yeux.
« Voilà l’oiselle de feu. Elle te guidera jusque là-bas et te fera rentrer dans le château. Quand tu y seras, elle reviendra ici, et tu devras te débrouiller seul. »

Le fier gaillard sella son cheval et se mit en route, suivant l’oiselle de feu. Le temps passa-t-il vite ou non, le fait est qu’il arriva en vue du royaume de cristal, puis du château d’argent. L’oiselle attendit que la nuit tombe, lui fit signe de s’accrocher à sa longue traîne, et l’emportant en vol, le conduisit dans la chambre de verre, sans que gardes ou serviteurs ne sonnent l’alarme. Au milieu de la chambre, sur un lit d’eau pure, la fille du Roi des Ondes dormait, la peau plus blanche que les plumes du cygne, les cheveux plus dorés que l’or pur, les lèvres plus rouges que les cerises. Ému par tant de beauté, le gaillard s’avança. Mais il n’avait pas appris la patience pour rien. Il se contenta de l’admirer. L’oiselle de feu repartit et le laissa seul. La nuit passa sans que le gaillard ne bouge d’un pouce.

A son réveil, la princesse cria en voyant le gaillard au pied de son lit.
« Qui es-tu ? Que fais-tu ici ? »
« Je suis le petit garçon qui voulait voir le vaste monde. Je viens de par-delà trois fois neuf pays, dans le trois fois dixième royaume. Je suis passé chez les trois Baba Yaga dans la grande forêt. Chez la troisième, j’ai rêvé de toi, suivi l’oiselle de feu et me voici. »
« As-tu seulement osé m’approcher de plus prêt que tu ne l’es ? »
« Non. »
Elle le regarda dans les yeux. « Tu ne mens pas. Tu auras la vie sauve pour aujourd’hui. »

Ils passèrent la journée ensemble. La fille du Roi de l’Onde lui montra la cour du château, et l’étang aux poissons d’or.
« C’est là que sont morts tous ceux qui ont osé m’enlacer. Mon père les transforme ensuite en poissons d’or. Ne sont-ils pas plus jolis ainsi ? »

Le soir vint, et la princesse le laissa passer la deuxième nuit dans sa chambre. Le gaillard n’avait pas appris la patience pour rien. Il resta respectueusement à distance.

Le lendemain matin, la fille du Roi de l’Onde avait un curieux sourire.
« C’est bien. Tu auras la vie sauve encore une fois. »

Ils passèrent la journée ensemble. La fille du Roi de l’Onde lui montra le jardin aux fleurs d’or.
« C’est là que sont morts tous ceux qui ont osé m’embrasser. Mon père les transforme ensuite en fleurs d’or. Ne sont-ils pas plus jolis ainsi ? »

Le soir vint, et la princesse le laissa passer la troisième nuit dans sa chambre. Le gaillard n’avait pas appris la patience pour rien. Il resta respectueusement à distance.

Le lendemain matin, la fille du Roi de l’Onde lui dit :
« Tu es peu commun. Nul n’a pu résister autant que toi aux épreuves. Tu auras encore la vie sauve pour aujourd’hui. »

Ils passèrent la journée ensemble. La fille du Roi de l’Onde lui montra le verger du château, et l’arbre aux papillons d’or.
« C’est là que sont morts tous ceux qui ont osé me demander en mariage. Mon père les transforme ensuite en papillons d’or. Ne sont-ils pas plus jolis ainsi ? »
« Subirais-je le même sort si je le faisais ? »

La fille du Roi des Ondes le regarda dans les yeux. « Peut-être pas. Mais ne crois pas la partie gagnée d’avance. J’opposerai des conditions. Souhaites-tu m’épouser ? »
« Je n’ai voulu que ça depuis que j’ai rêvé de toi. »
« Tu ne doutes de rien ! Et tu ne crains pas de l’avouer, après que je t’ai montré ce qu’il advenait de ceux qui présumaient de leurs charmes ! Mais comme je le disais, je te laisse trois chances. Je te promets que si tu échoues, mon père te réservera un meilleur sort qu’à mes autres prétendants. Que dirais-tu d’un bel oiseau d’or ? »
« Il faudrait encore que j’échoue. Quelles sont tes conditions ? »
« Et bien… si je dois t’épouser, je veux porter au jour du mariage une robe taillée dans un tissu si fin que dans le sens de l’épaisseur, on ne le voit pas ; si serré, qu’on n’en voit la trame ; et d’un blanc si pur qu’à côté un cygne paraîtrait gris. »

Le fier gaillard sourit. « Cela ne devrait pas être trop difficile. Laisse-moi quelques jours, et tu auras une robe aussi belle que ta peau de lait. En échange, je veux t’enlacer. »

Il se rendit dans la ville, trouva le meilleur tailleur et lui laissa le tissu qu’avait tissé la Baba Yaga. Trois jours plus tard, il revenait avec une robe si belle que même la fille du Roi des Ondes n’en aurait rêvé. Elle se laissa enlacer sans le transformer en oiseau doré. Au même instant, tous les poissons sautèrent hors du lac, et redevinrent les hommes qu’ils furent.

« Très bien. Mais ne crois pas que j’accepterai aussi facilement de t’épouser. Il me faudrait pour l’orner des rubans faits d’un fil si fin que dévidé, on ne le voit pas ; si solide, qu’il ne casse pas ; et d’un or si pur qu’à côté n’importe quelle pépite paraîtrait terne. »
Le fier gaillard sourit. « Cela ne devrait pas être trop difficile. Laisse-moi quelques jours, et tu auras des rubans aussi beaux que tes cheveux d’or. En échange, je veux t’embrasser. »

Il se rendit à la ville, retourna voir le tailleur et lui donna le fil qu’avait cardé la Baba Yaga.

Trois jours plus tard, il revenait avec des rubans si beaux que même la fille du Roi des Ondes n’en aurait rêvé. Elle se laissa embrasser sans le transformer en oiseau doré. Au même instant, toutes les fleurs dorées fanèrent et redevinrent les hommes qu’elles furent.

« Très bien. Mais ne crois pas que j’accepterai aussi facilement de t’épouser. Il me faudrait pour me tenir chaud un manteau fait d’une laine si douce qu’au toucher, on la croie de la soie ; si légère, que l’on ne la sente pas ; et d’un rouge si profond qu’à côté les cerises paraissent roses. »

Le fier gaillard sourit. « Cela ne devrait pas être trop difficile. Laisse-moi quelques jours, et tu auras un manteau aussi beaux que tes lèvres de marasquin. En échange, je veux t’épouser. »

Il se rendit à la ville, retourna voir le tailleur et lui donna la laine qu’avait peigné la Baba Yaga. Trois jours plus tard, il revenait avec un manteau si beau que même la fille du Roi des Ondes n’en aurait rêvé. Elle accepta de l’épouser sans le transformer en oiseau doré. Au même instant les papillons dorés s’envolèrent et redevinrent les hommes qu’ils furent.

La fille du Roi des Ondes et le fier gaillard se marièrent le lendemain, et il n’y eut de fête plus joyeuse, d’invités si nombreux, et de mariés plus beaux.