Renard argenté

Carte postale d’automne — 25 septembre 2007

Le bruit des pas de pluie aux volets
elle clapote pieds nus sur le bois
et son parfum léger rentre par la fenêtre ouverte

             Il est dimanche, et c’est l’automne.

Ouvrir distraitement les yeux
et rester à l’écouter les membres engourdis de sommeil
replonger dans une rêverie aqueuse paresseuse

Pas de brume au-dehors
le temps est doux et bon             le soleil amical
le vent du sud est tombé.
Petit-déjeuner face au verger de mes parents
le cerisier perd feuille à feuille sa parure d’or
distrait lui aussi dans sa contemplation calme des nuages…

L’odeur du café donne faim
confiture de pruneaux à la menthe odorante
et gâteau aux coings et à l’huile d’olive
en forme de cake et non rond, car c’est toujours
au moment de verser la pâte dans le moule qu’on s’aperçoit
qu’il nous manque un moule à manqué
ou un plat à tarte
ou un plat à clafoutis
ou…
aller commander un poulet fermier rôti pour midi
les broches commencent juste à tourner
passer à la boulangerie pour prendre une flûte du Dauphiné
et un pain aux céréales lin jaune, lin brun, pavot, sésame et seigle,
croute croustillante sous les doigts
une légère odeur de farine brûlée
et celle du pain frais et des croissants chauds
― les bonnes boulangeries font partie des lieux de perdition.

S’en éloigner très vite pour aller rendre visite à Mémée
les grosses poules rousses picorent dans le jardin
les framboisiers ont encore quelques framboises en bout de branche
en piquer une au passage
les asters bleus sous la fenêtre          le romarin en fleur.
Toquer à la porte et voir son visage ravi
« Tu es bien matinale ! »
se faire payer le café avec une part de tarte aux pommes
par pure gourmandise.
Bavarder un moment, l’inviter à venir chez moi pour mon anniversaire
et faire fi de ses protestations « ça va te faire du travail ».
Repartir une heure plus tard avec des napperons en crochet
de ses mains faits, même si je n’ai pas les meubles encore
qui les mettraient en valeur.

Poursuivre les visites en allant chez mes grands-parents
ma grand-mère s’affaire déjà en cuisine
pizza au basilic pour midi
et y faire aussi mon marché…
la pluie a cessé
il fait bon de chaleur humide
les feuilles de lavande exhalent encore un parfum
mais l’odeur du serpolet prédomine
rehaussée par la terre chaude et mouillée
le parfum de l’automne
celui des temps à champignons.

Rentrer chez les parents
préparer la poêlée aubergines et tomates du jardin
salade verte de Roger avec des graines de sésame grillées
sorbets maison en dessert abricot ampuisais, mure et framboise.

Promenade dans l’après-midi avec ma mère
dans les vergers
les pêchers gouttent encore du matin
les feuilles des vignes virent à un beau cramoisi
les pommes rouges brillent dans les pommiers
et quelques framboises énormes n’attendent qu’à être cueillies
et picorées de suite.
Ne rien trouver à ramasser, ni à marauder
les récoltes n’ayant pas été faite,
l’aubépine étant passée.
Le plaisir de dérouler le pied sur un sol légèrement élastique
de sentir les muscles travailler pendant les montées
le plaisir des gouttelettes qui picotent la peau de froid
un nuage de passage tout gris
mais qui s’en va vite.

Rentrer prendre un thé sur la terrasse
prendre un panier pour faire le tour du jardin
une grenobloise rousse,
un gros bouquet de persil, de romarin, de basilic et de serpolet
quelques navets pour une soupe
un joli bouquet rouge de dahlias, de roses et de gaillardes
et préparer déjà mes affaires
victuailles pour quelques jours…

Au soir attendre le train
pour revenir sur Lyon…
le ciel de nuit est nuageux
sans un seul picoti d’étoile visible
le quai est bondé d’étudiants qui rentrent chez eux valises pleines
Odeur de feu de bois humide de pluie et de parfums mélangés…