Renard argenté

Carte postale d’automne — 20 novembre 2006

6 heures du matin — la lumière naissante
et le brouillard d’or rose pâle
il fait froid sans doute pour les oiseaux —
la chaleur douillette de la couette,
tenter de se rendormir
roulée en loir…

8 heures — le jour levé
et le brouillard blanc
plus opaque à présent
le Rhône a disparu,
la haie s’est faite fantôme
juste un pépiement
— mésange, mais laquelle ?

10 heures  —
le brouillard se lève à regret
un rai de lumière sur les collines
et la blondeur des peupliers.
La pourpre résonne dans l’orangé
la peau rouge des pêchers se dore,
quelques pommes ont fait briller leurs joues
sous la pluie
— l’odeur froide-humide-feuilles-mortes

11 heures 30 —
lumière blanche et claire
tamisée par les rideaux
le Rhône exhale encore
ses soupirs sous le vent
— ses bras lisses-gris
mêlés aux chevelures des saules

14 heures, début d’après-midi —
lumière dorée,
couleurs chatoyantes,
être un pommier
pour recevoir les dernières caresses
du soleil     chaud-léger
plisser les yeux         ne plus bouger
— entendre les pas des promeneurs
vibrer dans la terre durcie de gel

16 heures, retour de promenade —
lumière du soir déjà
froid dans les poumons
souffler la buée aux lèvres pleines
penser au thé chaud
— un corbeau dans le champ
d’herbe verdelette

17 heures, thé vert aux agrumes —
la lumière est faible
la tasse chaude entre les mains
la chaleur qui revient
— l’odeur du pain d’épices
à l’orange confite

21 heures, fin de  journée —
nuit noire déjà
étoiles froides-claires
pas un nuage
allumer la lampe
retrouver Vaïnämöinen
— encore un bouleau dans l’histoire, décidément…

Tous ils les brise, les beaux arbres,
il épargne juste un bouleau,
blanc reposoir pour les oiseaux,
pour les coucoulis du coucou.

L’aigne vole à travers le ciel,
l’oiseau dessus l’air et la terre.

Aile raide il descend pour voir :

“Qu’as-tu donc laissé la vie sauve
au bouillard, écorce épargnée,
branches graciées pour le bel arbre ?”

Vaïnö répond, barbe vieille :
“Entend-donc pourquoi je l’épargne :
reposoir aux oiseaux sera,
et perchoir pour l’aigle de l’air.”

L’aigle lui crie, l’oiseau de l’air :

“Barbe de gris, c’est bien agi :
laisse la vie sauve au bouleau,
le bel arbre, tronc blanc debout
comme reposoir aux oiseaux
et perchoir à mes serres d’aigle.”

— s’endormir dans l’odeur de l’orange et du lavandin.