Renard argenté

Carte postale d’automne — 17 octobre 2006

Automne au jardin :

l’odeur de feu mouillé
et celle de la terre humide
et du serpolet frôlé par les sabots…
— j’ignore si le serpolet sent vraiment le mousseron,
ou si c’est le mousseron qui prend l’odeur du serpolet :
chez nous, les champignons poussent dedans,
et les deux odeurs sont inséparables à mon nez.
Les éclats rouges des dernières fraises
— en manger une : les dernières fraises sont toujours les plus sucrées —
et des framboises…
arrivée au bout du dernier rang,
quelques gouttes de pluie
tombé du ciel gris bleu plomb :
frisson sur la nuque
rondeur froide.

Automne en cuisine :

Rentrer pour le thé
— “Soleil oriental” : thé vert aux agrumes —
et un croissant pur beurre
avec du chocolat…
Sentir la chaleur revenir dans les mains glacées…
Éplucher les châtaignes, une première fois pour la grosse peau
les blanchir, les rééplucher pour enlever la peau duveteuse
qui colle au doigts et les fripent
Les refaire cuire à l’eau
pour la soupe du soir
— pommes de terre, carottes, radis-navets et dernières tomates —
pendant qu’infuse l’eau de sauge citronnée
qui fortifie et fait briller les cheveux…

Automne en balade :

le son mat des chaussures de marche sur la terre tassée du chemin,
leur frichtrement dans les feuilles mortes des hêtres
l’odeur de champignons et d’humus humide…
Amanites au pieds des bouleaux
— caresser la peau jeune sous la première écorce
lisse et rosée  —
bolets des chênes sous les hêtres
— peau plus rugueuse et grise,
mais agréable et ferme.
Trouver des champignons bizarres —
des violets, des pieuvres rouges, des verruqueux —
et des branches de houx à boules rouges et vertes.
Ramasser les châtaignes et se piquer les doigts
— avoir eu la bonne idée de mettre un chapeau de cavalier
quand une dégringolade de bogues et de feuilles se déclenche.
Eviter les ornières boueuses et les ronces piquantes,
et rentrer par un chemin au soleil…